Il y a un moment où il faut s’interroger sur notre lien à la nature, tout de même. Par exemple, la belle forêt de Senonches. J’adorais m’y promener avec Ontario, mais les sangliers… S’il n’y avait eu qu’eux. Mais non, en plus, j’étais capable de m’y perdre… Mon super sens de l’orientation. Et puis surtout, notre dernière mésaventure. Je vous le dis, ça pose question.

Une sombre histoire de champignons

Je m’en souviens encore comme si c’était hier. J’avais préparé un bœuf bourguignon. Je l’avais laissé mijoter sur le feu en prévenant mon cher et tendre que j’allais promener Ontario en forêt et que j’en profiterais pour voir s’il y avait des champignons. Je serais revenu à midi, pile-poil pour me mettre à table. Et qu’il n’oublie pas de couper le feu sous la cocotte vers 11 h 30 – 12 h.

Goguenard, mon chéri me dit : « T’es sûre ? Parce que quand tu pars au champignon, en général, t’es pas rentrée tout de suite… ». Bon cela dit, il n’a pas tort, la chasse aux champignons, ça peut prendre du temps. D’abord, tout dépend si tu cherches une rareté, du genre des girolles au nord de la Loire ou des cèpes de bordeaux qui eux se plaisent franchement en forêt de Senonches.

N’empêche, des girolles j’en ai trouvé une fois, et mon but ce jour-là, c’est bien de trouver des girolles pour mon mari, parce qu’il adore ce champignon ! Cela dit moi aussi, mais en fait je préfère les rosés des près, qu’on trouve… dans les champs de vaches. Oui, je n’ai pas de chances, j’ai peur des vaches, on sait.

Du coup, avec Ontario, c’est opération girolles, et puis voilà. Mais je ne lui dis pas, car la girolle, en forêt de Senonches, c’est un peu comme le trésor des lutins, beaucoup en parle, mais peu en trouve !

Votre chien a-t-il le sens de l’orientation ?

Nous voilà donc partis dans les bois, je suis peu stressée de lâcher Ontario directement dans le sous-bois, mais il s’éloigne finalement beaucoup moins que lorsque l’on est sur les chemins. Contrairement à nos habitudes, on prend la parcelle opposée. D’abord parce que c’est là que j’ai trouvé 6 pauvres girolles, il y a quelques années. Ensuite parce que ben là, je ne sais pas s’il y a des sangliers. Du coup, je suis rassurée sans l’être, mais c’est toujours mieux que pas rassuré du tout !

Après une demi-heure, peut-être une heure, un constat et le désespoir s’imposent : je suis perdue. Je n’ai aucune idée d’où je viens, et comment je repars. Je voudrais bien rebrousser chemin. Seulement, je viens de me rendre compte que cette souche, là, au milieu de cette clairière, c’est déjà la 3e fois que je retombe dessus. L’angoisse monte, le désespoir encore plus. En fait, je dois être fatiguée aussi, car mon émotionnel joue les trouble-fête.

Au désespoir, je m’assois sur cette fameuse souche, et je me mets à chialer. Super constructif. Je vois Ontario, qui va et qui vient, comme si le monde était super génial ! Ce n’est pas du tout mon point de vue à cet instant et du coup la colère monte d’un coup, aidé du désespoir : « Et toi, t’es quoi comme chien en fait ! Tu peux pas m’indiquer le chemin pour rentrer au lieu de faire le con ? » Ontario s’arrête et me fixe de son œil interrogateur : « Mais quelle mouche te pique ? Et pourquoi tu pleures et tu cries ? On n’est pas bien là, avec toutes ses odeurs à découvrir ? ».

Une chose est certaine, ce jour-là, Ontario et moi ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Surtout, je me rends compte que je n’ai ni l’étoffe d’un héros ni le sens de l’orientation.

« Respire un coup, ça ira mieux ! »

Finalement, il n’a peut-être pas tort Ontario, respirer un bon coup, à défaut de humer tous les bons effluves de la forêt, ça aide à prendre la bonne décision. Non la vérité c’est qu’en pleurant et en criant, j’ai déchargé le trop plein d’adrénaline qui bloquait ma réflexion. Mais j’admets que j’aurais pu m’éviter tout cela en respirant un bon coup !

Une fois plus « détendue », j’ai bien compris qu’Ontario n’avait nullement l’intention de me montrer le chemin. La vérité c’est que même à 150 ou 200 mètres devant moi, il me suivait quand même, à sa manière et pourquoi diable aurait-il eu envie de rentrer ? Il fallait donc choisir une direction et s’y tenir, jusqu’à ce que je retrouve un chemin. Ou alors, il n’avait pas non plus le sens de l’orientation.

Parce que j’étais vraiment désorientée… Et incapable de comprendre cette histoire de mousse sur les arbres, j’ai choisi d’aller à gauche et de résister à mes petits démons intérieurs qui avec leurs idées morbides ne me rendaient pas la pérégrination facile. Non pis franchement, quand bien même j’aurais suivi le nord, hein, en quoi ça m’aurait aidé, puisque je ne savais même pas la direction vers la voiture ou mon village par rapport à mon point d’errance ?

Ontario, tout content de repartir, ne demanda pas son reste et parti museau au vent et en avant. Toutefois, ayant sans doute ressenti mon angoisse, il ne baguenaudait qu’à quelques mètres. Après un moment qui me parut une éternité, je trouvais enfin une sente, non pas un sentier, une sente, mais c’était déjà un début…

Crédit images :

Jaanus Jagomägi

Girolles : Julia Casado Pixabay

Forêt d’automne : Pexels de Pixabay


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