Après avoir abordé les principes élémentaires dans un précédent article, nous pouvons développer un peu plus certains éléments.

Locus

Le locus est l’emplacement physique d’un gène sur un chromosome. Certaines caractéristiques canines ont été identifiées précisément. Nous verrons plus loin par exemple le locus « B » codant la couleur du pelage.

Codominance ou dominance partielle/incomplète ?

La différence est subtile entre les deux. Dans l’article précédent, nous avons vu le cas du muflier qui est une dominance incomplète. En effet, la couleur rouge prend le dessus sur la totalité de la fleur mais reste pondérée par la 2ème couleur qui est le blanc produisant donc un rose. Sur les pétunias, les 2 cas sont possibles comme le montre la photo suivante : On constate que la dominance incomplète produit le même effet que le muflier à savoir une couleur rose alors qu’en codominance, les deux couleurs sont présentes sur la fleur.

Un autre exemple de codominance est notre groupe sanguin. Les individus ayant pour groupe AB expriment donc une codominance de l’allèle A et de l’allèle B simultanément.

Pour le husky possédant des yeux parti-colores, la bonne réponse est bien entendu la codominance puisque les 2 couleurs occupent un espace différent dans l’œil. La pénétration du gène avec ces deux allèles détermine la répartition de la couleur entre le bleu et le marron.

Allèle létal

Sous sa forme homozygote, un allèle létal entraîne la mort de l’animal à plus ou moins court terme alors que sous forme hétérozygote l’allèle peut s’avérer être un atout. Par exemple, sur la Drépanocytose, maladie du sang entrainant de graves complications à l’état homozygote voire la mort, cet allèle mutant offre une protection plus importante au paludisme. Les cartographies d’infection au paludisme et des populations ayant cet allèle correspondent. Cela prouve une fois de plus l’adaptation de la nature à son environnement.

Dans d’autres cas, la présence de certains allèles entraine une fausse-couche/avortement ou des embryons morts nés. C’est le cas des souris jaunes de Lucien Cuénot.

La présence de ces allèles joue donc, d’un certain point de vue, le rôle de régulateur de la population.

Pléiotropie

La pléiotropie correspond à un gène impactant plusieurs aspects de l’apparence. La maladie de Marfan est un exemple. Dans le cas d’une sélection génétique pour un génotype, un gène pléiotropique est un obstacle important car chaque individu aura des modifications multiples non contrôlables.

Sur le husky, on sait que la couleur du poil est intrinsèquement liée à celle de la peau et des coussinets. Il y a fort à parier que la pléiotropie se cache derrière cela.

Mutation spontanée

Dans certains cas, Dame Nature joue des farces mesquines en insérant des mutations spontanées dans un embryon. Ce dernier va donc se retrouver avec un gène mutant plus ou moins grave sans que ses parents soient génétiquement porteurs.

Le cas de l’hémophilie de type A est un exemple. Le Shiba Inu est aussi impacté par cette maladie qui entraine la mort de l’animal. Il n’est pas impossible que le Husky Sibérien puisse être atteint un jour sachant que la mode actuelle veut réduire le génotype en ne regardant que la dysplasie de la hanche ou les tests oculaires MHOCs sachant que ni l’un, ni l’autre n’entraine de décès. Tout est une question de choix et de business car dépister une hémophilie coûte moins cher et comme elle n’évolue pas dans le temps, il n’est nul besoin de refaire le test périodiquement…

Héritage polygénique

Certains traits physiques (mais aussi plus cachés) sont affectés par plusieurs gènes pour pouvoir s’exprimer. En effet, si plusieurs gènes sont requis et si l’ascendance du couple est fortement hétérozygote, le résultat sera variable, non contrôlé et donc non prédictible. Le cas le plus classique est la taille. Que ce soit chez les humains ou chez les chiens, des parents grands ne font pas forcément des enfants grands et inversement. Tout comme un parent grand et un parent petit ne donnent pas forcément d’enfant moyen. Dans ce cas, c’est donc la connaissance du pédigrée qui va permettre d’envisager un résultat. Mais bien entendu, il faudra se poser cette même question pour chaque critère que l’on veut maitriser. Et plus le code génétique est diversifié, plus le travail sera difficile. Avec le temps et les générations qui vont se succéder il y aura un résultat hétérogène masquant donc le travail de l’éleveur qui ne pourra être reconnu du fait de l’absence de sa « marque de fabrication ».

Consanguinité

Terme souvent mal compris par le plus grand nombre, il faut dissocier son utilisation éthique humaine et en élevage animal (ou floral d’ailleurs). Le but du travail en consanguinité est de fixer un génotype et un phénotype afin d’obtenir un individu avec un grand nombre de gènes homozygotes.

Par contre, typer fortement un génotype de façon homozygote et l’associer au fait qu’une infime partie d’un cheptel se reproduit, il est possible d’aboutir sur un appauvrissement du patrimoine génétique de cette race. Prenons le cas d’un chien qui viendrait d’obtenir un titre de Champion. S’il est le seul de la portée à avoir obtenu ce discernement, il y a fort à parier qu’il sera davantage demandé et utilisé que le reste de la fratrie en reproduction afin justement qu’il transmette à sa descendance ses gènes de « Champion ». De ce fait, son utilisation massive va injecter son ADN un peu partout dans différentes lignées provoquant ainsi cette diminution d’hétérogénéité génétique.

Nous avons vu précédemment qu’un individu fortement homozygote permet de typer fortement une production afin de la rendre plus homogène mais ce n’est pas le seul intérêt. En effet, nous avons vu plus tôt dans cet article les allèles létales qui entraînent la mort de l’animal plus ou moins rapidement. Avec un génotype très diversifié, l’animal peut donc véhiculer un gène malade et le transmettre sur des générations avant qu’il ne ressorte. Dans ce cas de figure, il est impossible de remonter 10 générations afin de tout écarter de la reproduction car cela représente des milliers de porteurs potentiels.

Avec une consanguinité maitrisée et j’insiste sur ce terme car tout ne se fait pas et ne doit pas se faire aujourd’hui, il est possible de déceler très vite les problèmes puisque les animaux vont augmenter leur patrimoine génétique homozygote.Et donc vous l’avez compris, les problèmes vont ressortir bien plus vite permettant de sortir de la reproduction l’animal incriminé et non pas toute sa généalogie.

Lors de la création des nouvelles races de chiens, il a fallu faire une consanguinité très rapprochée pour fixer les caractères et le phénotype. Si on prend le cas du chien-loup (Saarloos ou Téchoslavaque), c’est un croisement issu d’une louve et d’un berger allemand. Les deux races étant bien distinctes il a fallu faire plusieurs essais mais aussi retremper (ou accoupler en retour) la progéniture sur le bon parent pour atteindre un premier individu hybride correct.

Aujourd’hui, un travail aussi rapproché n’a plus lieu d’être dans le husky car la race est assez étoffée. Cependant, faire du mariage avec un pédigrée ouvert va diluer le phénotype. Cette solution peut avoir un intérêt pour un éleveur qui veut diverger des lignées d’un autre éleveur utilisant la même base ou pour corriger des défauts sur ses lignées. Mais il faut savoir que sur le long terme, travailler avec de l’ouvert va considérablement changer l’aspect et le caractère du chien si bien qu’au bout de 5 ans, les nouveaux individus seront complètement différents de leurs ancêtres.

La question est donc : quel est le but recherché ? La suite, c’est par ici.

Crédit photo : GDTIMag – Luc Laporte

Catégories : Génétique

4 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.