Qu’est-ce qu’un bon éleveur? La question pourrait paraître simple et pourtant… Si chacun pense posséder la bonne définition il en existe plusieurs. En effet tout est question de point de vue selon que l’on soit banquier, particulier, professionnel, vétérinaire ou amateur confirmé. Un banquier par exemple considérera un bon éleveur quelqu’un dont les résultats financiers correspondent à ses espérances de rentabilité. Un vétérinaire trop commerçant verra de son côté un client susceptible d’acheter plus de produit que ce soit alimentaires ou sanitaires afin d’augmenter son chiffre d’affaire. Un club de race ou la centrale canine appréciera l’argent dépensé régulièrement en exposition pour présenter la production (et Dieu sait que c’est une activité qui revient vite cher). Un particulier cherchera simplement le moins cher ou le plus proche. Et ne parlons pas de ceux qui ne jurent que par des tests faits bêtement (le plus souvent sans les comprendre et en ignorance des risques liés car tous ne sont pas anodins mais c’est une autre histoire). Pour la protection animale, beaucoup pensent qu’un bon éleveur est un éleveur qui ne produit plus car il est responsable des abandons puisqu’il aurait dû voir sur le visage des futurs adoptants qu’ils seraient de mauvais maîtres. Après tout, c’est bien connu, tout se lit sur la tête d’une personne… Avec l’évolution des lois, certains utilisent des termes exotiques pour cacher leur activité et s’octroyer des revenus complémentaires en utilisant des appellations du type « élevage familial » ou « élevés en famille »… Mais, au final, il n’y a que deux catégories possibles d’individus:

  • Les particuliers
    • Ils peuvent disposer d’un affixe d’élevage.
    • En cas de problème avec le chiot, peu ont l’expérience et l’expertise pour pouvoir être d’un quelconque secours.
    • L’absence de compétence sanitaire peut entrainer des maladies qui peuvent être fatales pour le chiot (et sans aucun recours possible).
  • Les professionnels
    • Ils disposent obligatoirement d’un numéro de SIRET et d’un affixe.
    • Ils peuvent éventuellement être épaulés de bénévoles, de stagiaires ou de salariés.
    • Ils payent des charges, ils doivent s’adapter aux normes sanitaires et fiscales.

Dans ces 2 catégories il y a des bons et des mauvais élèves, là n’est pas la vraie question car fort heureusement, certains s’attachent à des critères plus altruistes et plus humains dans leur définition. Avant une adoption et avant même un premier contact, il y a ce que l’on appelle la philosophie et l’éthique de l’éleveur. Comme en politique, il y a différentes écoles et tout autant d’expériences chez chaque éleveur et ce, qu’importe leur taille.

Doit-on privilégier les petits ou les grands ? Les mono-race ou multi-races ? J’avoue ne pas être personnellement fan de cette dernière catégorie qui, lorsque le nombre arrive à 3, 5 ou plus donne un peu l’impression d’être « expert en tout ». Et nous savons pertinemment que notre race préférée reste une race à part. Comme dans tout métier, personne ne peut exceller sans passion et quand on aime, on ne compte pas. On ne compte pas le temps passé quotidiennement 7 jours / 7 à s’occuper des loulous ou de leur environnement pour apporter des améliorations ou simplement à leur entretien. On ne compte pas les heures de sommeil ratées pour pouvoir assister une femelle mettant bas pour la première fois (primipare). On ne compte pas ses RTT ou ses congés payés car cela n’existe pas. Et tellement d’autres choses ne sont pas comptées.

Je fais partie des personnes qui pensent qu’être éleveur c’est un métier à temps complet et nombreux sont ceux qui ne comprennent rien à ce métier et aux sacrifices qu’il impose. Car l’élevage c’est une activité pour laquelle il n’y a pas de 35 heures, ni 5 semaines de congés payés, ni de weekend. Alors oui, certaines mauvaises langues seront toujours là pour dire que l’on peut bien aller aux toilettes, faire ses courses ou aller chercher ses enfants à l’école comme tout le monde et c’est vrai. Mais pour tout le reste, lorsqu’il faut se relever toutes les trois heures la nuit pour aller donner le biberon à des bébés ou bien se relever toutes les heures pour surveiller une mise bas et ce, parfois même le soir du réveillon car, bien entendu, Dame Nature trouve toujours quelque chose à faire à des heures indues ?

Même si la technologie actuelle (au travers des caméras par exemple) est très utile, il n’est pas forcément possible de s’absenter de son autre emploi lorsque le travail de la chienne a commencé. Alors si, pour la plupart d’entre-nous, nos compagnons peuvent rester seuls la journée pendant que nous sommes au travail, dans un cadre d’élevage c’est prendre le risque de perdre la portée ou même la chienne car les minutes d’absences auront été fatales. C’est un détail qui est bien trop souvent éludé et tabou mais qui ne devrait pas être négligé car on ne choisit pas l’heure de la bagarre, de la mise base ou de la saillie.

Le rapport avec les futurs adoptant dont l’animal viendra, pour beaucoup, combler de bonheur les 15 années qui vont suivre est important. Beaucoup d’entre nous découvrent la race et parfois même les chiens et c’est tout autant de questions, d’interrogations et d’inquiétudes auxquelles il faudra pouvoir répondre avant, pendant et surtout après l’adoption. Dans tout autre domaine, on appellerait cela le « S.A.V. » mais ce terme ne plait guère lorsqu’il s’agit de nos animaux à 4 pattes et c’est compréhensible pourtant c’est un point à ne pas négliger.

Avec le recul, je devais peut-être être un client « chiant » pour appeler tous les jours afin de donner des nouvelles de ma chienne et poser des questions sur son comportement que je découvrais. Pourtant aujourd’hui, 13 ans après et 5 générations se succédant dans ma meute, j’en apprends toujours. Dans les livres, l’élevage est décrit comme un business où la rentabilité et le profit prime sur la passion. Nous verrons quelques exemples qui pourront choquer sûrement plusieurs d’entre vous et pourtant c’est ce qui est (ou a été) appris par tellement de personnes dans les années passées.

Un premier cas est extrait du « Guide pratique de l’élevage canin » aux éditions Fontaine sous le label Royal Canin. On constate l’optimisation de l’espace dans un but d’efficacité et de rentabilité tout en respectant les normes de l’époque. Les surfaces allouées aux animaux sont réduites au strict minimum légal. Est-ce un cadre de vie agréable pour l’animal ? A chacun de répondre à cette question en fonction de ses convictions et de son éthique.

D’autres formateurs avoue à demi-mot que le chiot est un produit périssable et que, une fois l’âge de 3 mois dépassé, s’il n’est pas vendu, il doit être euthanasié pour ne pas perdre en rentabilité car plus on attend, plus le chiot coûte cher et son prix baisse. Ces pratiques sont plutôt utilisées dans les très gros élevages multi-races (plus de 200 reproductrices). Que l’éleveur produise du LOF ou pas, être un bon éleveur c’est  pour beaucoup placer le bonheur et le confort des chiens avant le sien.

 

 

Crédit photo : Pierre Le Boucher

Catégories : Mode de vie

2 commentaires

charles · 20 novembre 2017 à 15 h 25 min

il faut aussi bien penser à gérer la prévention des risques des métiers dans l’élevage : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=280

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