Aujourd’hui, il est possible de lire des études et des contre-études pour un peu tout et n’importe quoi plaçant ainsi les curieux et les néophytes dans l’embarras ne sachant que choisir. Dans la plupart des cas, la solution la plus adaptée peut être trouvée dans le bon sens et l’éthique individuelle. Car, même si la société semble vouloir nous éloigner de cette voie afin de garder son troupeau de mouton, un peu de réflexion et d’expérience personnelle peuvent faire des miracles.

Le jeûne chez l’homme est-il transposable à nos compagnons à 4 pattes et si oui, dans quelles conditions ? Si mon expérience va me permettre d’exprimer mon point de vue concernant une race nordique bien spécifique comme le husky, il peut ne pas en être de même pour les autres races de canidés. De ce fait, les propriétaires de huskies croisés doivent prendre en compte un facteur supplémentaire qu’est la ou les races de croisement.

Le système digestif de l’homme et du chien sont très différents. D’un point de vue extérieur, vous avez déjà tous constaté que l’homme se tient en position verticale mais pas le chien. Certes, vous pouvez tenter de digérer votre repas en position canine à 4 pattes mais je ne suis pas persuadé du résultat ^^. De plus, le système digestif du chien lui permet de digérer de la viande faisandée que nous autres serions incapables de manger sans être malade. Partant de ce principe, il faut donc avancer avec précaution.

Les raisons du jeûne

La première question à se poser est pourquoi vouloir faire jeûner son compagnon à 4 pattes. Plusieurs raisons sont possibles à cela :

  • Par orientation religieuse
  • Par conviction
  • Pour limiter l’obésité
  • Par manque de nourriture le jour ‘J’
  • Par régulation spontanée du chien
  • Par « économie »
  • Lors d’un changement de mode d’alimentation
  • A cause d’une maladie ou d’un trouble gastro-intestinal

Voyons en détail ces différents points.

  • L’orientation religieuse

C’est probablement la plus rapide à envisager. Les animaux suivent de plus en plus les pas du mode de vie adopté par leur maître. Il suffit de voir l’accroissement des aliments pour animaux qui commencent à arborer des labels écologiques, sans gluten, sans céréales… Mais ils héritent parfois aussi des travers de notre mode de consommation comme les restes de table, Mc Do’ mais aussi tout ce qui est relatif à l’abondance alimentaire et la sédentarité. Alors pourquoi exclure les convictions religieuses de cette liste ? Le jeûne a toujours fait partie de la vie de l’homme de foi que ce soit pour le Carême, le Ramadan… il est donc concevable pour l’animal vivant en intérieur de suivre ce mode de vie.

  • La conviction personnelle

Ce point rejoint le précédent à l’exception qu’il ne concerne plus uniquement que les croyants. Certains sont tout bonnement convaincus des effets bénéfiques du jeûne sans pour autant avoir cherché à creuser le sujet traduisant une forme d’acceptation générale stipulant que c’est forcément mieux.

Attention toutefois, on peut arriver à des dérives sur cette seule base en partant du principe que c’est forcément bon. En effet, lorsque l’on regarde les rations de B.A.R.F. de certains propriétaires persuadés que leur dosage sera forcément meilleur qu’une bonne croquette en s’accommodant de justifications douteuses sur l’absence de contrôle de leur travail, il y a lieu de s’inquiéter. Comme si le passage à ce type de nourriture servait à créer une validation universelle de toute gamelle de ce type.

Chacun est libre d’avoir ses convictions propres mais n’assumez/ne supposez rien, vérifiez si vous êtes dans la bonne voie ou dans l’égarement. On ne peut pas tout savoir et tout réussir du premier coup surtout face à Dame Nature, sachez rester humble.

  • L‘obésité

Vouloir faire jeûner son compagnon à 4 pattes pour le faire maigrir pourrait traverser l’esprit de bon nombre d’entre nous mais comme pour les humains, c’est une mauvaise idée qui conduira à terme par produire l’effet inverse.

Plaçons-nous du côté métabolisme de notre corps. Lorsque nous jeûnons, notre corps va puiser dans ses réserves. Selon l’effort demandé, il va donc puiser dans les réserves de glycogène, de sucre, de graisse et pour finir il va dégrader les muscles lorsque le reste n’est plus suffisant. Donc retenez bien que certains types de jeûnes ou de mal nutrition entrainent une perte musculaire. Par contre, au repas suivant l’organisme va stocker davantage de nourriture pour palier la période de disette prochaine à venir et donc l’être vivant en question va grossir.

Vous l’avez compris, ce choix est un mauvais choix.

  • L’absence de nourriture

Qui n’a jamais eu un petit souci dans son calcul d’approvisionnement alimentaire ? Les causes peuvent être multiples et la question n’est pas de savoir qui est le coupable. Donc, inutile d’aboyer sur votre livreur, votre conjoint ou même votre compagnon à 4 pattes qui a trouvé le stock de nourriture la veille et s’est fait un pétage de ventre digne des fêtes de fin d’année.

Même s’il n’a jamais été habitué par le passé, un jeûne cette fois-ci ne lui fera pas de mal. D’ailleurs, il pourrait de lui-même décider de sauter 3 jours de repas, pour vous tester, qu’il ne serait pas en danger.

  • La régulation du chiot ou du chien

C’est un fait récurrent sur les réseaux sociaux qui ne représente pas un problème. Dans notre société actuelle d’abondance, nous consommons trop et sommes habitués à tout avoir à portée de main sans le moindre effort. Il suffit de voir l’augmentation de l’obésité chez les humains pour comprendre que la dépense calorique journalière est très nettement inférieure à nos apports en nourriture car aujourd’hui, nous faisons plus travailler nos yeux et notre cerveau que nos muscles.

L’animal n’ayant pas encore pris totalement ce mauvais rythme de vie a encore cette capacité à s’auto-réguler. Je pourrais exclure mon berger malinois de cette phrase qui ne mange pas pour vivre mais l’inverse quitte à s’en rendre malade.

Donc, lorsque les rations sont trop importantes, trop rapprochées ou si la chaleur est trop importante, son appétit va baisser. Dans le dernier cas, c’est aussi une réaction de l’organisme qui doit combattre la chaleur comme il peut et qui ne veut pas s’encombrer d’une digestion en plus.

  • Par « économie »

C’est un fait, en sautant un repas sans modifier les autres rations, c’est un repas de gratuit. Mais au-delà de ce fait, il ne doit pas devenir un leitmotiv car la santé de votre compagnon peut en souffrir très fortement.

Cela implique aussi d’éviter certains types d’économies dans les rations qui pourraient créer des carences sévères. Une difficulté souvent rencontrée concerne parfois l’acceptation par l’animal de certains aliments pour conserver une ration équilibrée. Ne vous accommodez pas de certains ingrédients sous prétexte que votre loulou boude ces derniers mais cherchez des solutions pour lui faire accepter.

Même si l’industrie est très décriée aujourd’hui pour tout un tas de raison que je laisse libre à chacun d’évaluer, dites-vous qu’en petit particulier que nous sommes, avons-nous les compétences, l’expérience, les diplômes et le budget nécessaire pour faire mieux qu’une armée d’ingénieurs agronomes (qui rassemble, ne serait-ce qu’en France, l’élite des étudiants et dont les classes préparatoires sont parmi les plus difficiles) ?

  • Lors d’un changement de mode d’alimentation

Beaucoup ignorent que toutes les sources de nourriture ne sont pas digérées de la même façon chez l’animal. Que ce soit, sur la durée de digestion ou même le pH, les variations peuvent être nombreuses et importantes. De ce fait, lors d’un changement brutal d’alimentation, il peut être préférable de pratiquer un jeûne plutôt qu’une transition alimentaire.

Voici quelques exemples où la transition est à éviter (elle correspond généralement à une baisse en gamme / qualité) :

  1. Passage d’une alimentation BARF à de la croquette.
  2. Passage d’une alimentation sans céréales vers une croquette avec céréales.
  3. Passage d’une nourriture de qualité à une nourriture premier prix. Attention toutefois, le prix c’est le nerf de la guerre mais lorsque le budget est vraiment trop faible, la nourriture ne convient pas à l’animal qui part en diarrhée entrainant en sus des frais vétérinaires.
  • A cause d’une maladie ou d’un trouble gastro-intestinal

Cela fera partie d’un article dédié tellement il y a à dire sur ce petit trouble récurrent qui cause bien des soucis du fait de la fragilité du système digestif du husky.

En effet, il est inutile de donner à nouveau à manger à un animal en diarrhée. Son système digestif étant irrité, cela ne fera que poursuivre cette irritation et accentuer en plus la déshydratation. Prudence donc.

Les conséquences du jeûne

Le jeûne va permettre à l’animal de vider son système digestif et de le mettre au repos pendant une période plus ou moins longue et répétée. Si les études d’experts se télescopent entre elles, il n’en demeure pas moins un certain nombre de faits et de vérités qui sont indéniables.

La mise en place de cette absence de nourriture implique des adaptations tant sur les plannings que sur l’apprentissage du chien. En effet, il est inutile de prévoir un trek ou du sport de façon importante avec son compagnon à ce moment-là. Essayez de courir un marathon à jeun (même si le petit footing du matin le ventre vide a des avantages mais c’est un autre sujet) …

L’acceptation de cet état doit se faire de bonne heure chez l’animal afin de ne créer aucun stress et que son corps s’adapte au fil des jours. Cela implique donc de ne surtout pas donner de ration de nourriture à heure fixe mais aussi à veiller que lui n’en trouve pas non plus pendant ce laps de temps. Cela aurait pour conséquence de relancer le système digestif et anéantirait ainsi tous vos efforts. De ce fait, pendant le jeûne, pas de fruit qui traine dans le jardin ni de mulot courant naïvement dans l’herbe pensant être à l’abri du sort fatidique qui l’attend en cette période de trêve.

Le fait de ne pas caler ses repas à heure fixe va permettre de créer une fenêtre de temps plus ou moins importante entre ses rations et donc habituer son corps à cette variation horaire. D’une part, cela évitera la sérénade à 7h tapante le dimanche matin après une soirée bien arrosée parce que son horloge biologique crie famine mais aussi cela limite fortement les risques de dégradations lorsque son maître n’est pas rentré à l’heure.

Mise en place du jeûne

La mise en place du jeûne va donc demander un peu de travail et de flexibilité. Les 3 axes de travail sur cet apprentissage sont :

  • Les horaires de prise de nourriture
  • Les intervalles entre chaque ration
  • La quantité de nourriture

Bien entendu, durant le jeûne, l’eau plate reste à volonté mais surtout pas les glaces de légumes, par exemple, lors des chaudes journées d’été puisque l’eau, une fois absorbée, va laisser place à des nutriments qu’il lui faudra digérer.

Petite aparté sur le nombre de repas par jour de l’animal. Chiot, on considère que 2 repas sont suffisants et que, vers 12 mois, (parfois moins et parfois jusqu’à 18), le husky ne réclame plus qu’une gamelle par jour. Certains éleveurs ou propriétaires sont adeptes du 3 ou 4 repas par jour afin de suivre une fois encore la mode humaine. Si le fait de fractionner les repas sur la journée permet en effet une meilleure assimilation de la nourriture, c’est avant tout une raison technique vétérinaire qui doit prévaloir cette méthode. En effet, si votre compagnon rencontre un jour un véritable problème de non prise de poids et que votre vétérinaire vous conseille cette méthode, aurez-vous le temps dans votre journée de travail de passer votre fidèle compagnon à 6 repas / jour ? Probablement pas. Par contre, passer de 2 à 4 en rajoutant ainsi le midi et le goûter, c’est une solution généralement envisageable donc réfléchissez bien à votre organisation.

 

Les risques du jeûne

Un jeûne n’est jamais complètement sans risque, même sur un animal en pleine forme. L’environnement extérieur joue un rôle important dans cette période de restriction et il faut bien le prendre en compte.

Les glucides, très décriés en ce moment par mode restent un élément important pour le chien sur bien des aspects. Tout comme nous, le chien peut faire de l’hypoglycémie allant jusqu’au malaise. Il est donc préférable de bien surveiller son animal pendant le jeûne afin de déceler tout problème sous-jacent.

Il faut bien prendre en compte les besoins nutritionnels de chaque animal. Trop jeune ou trop vieux, ce mode de vie risque de ne pas leur convenir. L’un est en pleine croissance et a besoin d’énergie, l’autre commence à avoir des rhumatismes et le manque d’activité sportive entraine une fonte des muscles. En cas de doute, préférez l’avis d’un vétérinaire.

La fréquence du jeûne

Comme toujours, tout est question de compromis et de juste équilibre. De par ses origines sauvages et de son ancêtre, le loup, le coyote ou le chacal, les chiens ont gardé dans leur patrimoine génétique la non mise à disposition de nourriture quotidienne. Tout comme nous autres humains d’ailleurs, nos ancêtres étaient loin de manger à leur faim tous les jours.

La fréquence qui semble être unanimement acceptée serait d’une fois par semaine.

Les effets de bord

Un point important mais plus délicat à vérifier concerne le parasitisme interne. En effet, lors d’un jeûne, l’absence de nutriment dans le système digestif laisse donc certains parasites sans nourriture réduisant ainsi leur prolifération. Associé à certaines croquettes sans céréales très bien assimilées par l’organisme, l’impact sur l’animal est indéniable, coproculture de crottes à l’appui.

Nous en revenons une fois de plus au fait qu’une alimentation saine et adaptée en parallèle est indispensable et rentre dans une gestion globale de l’animal.

Conclusion

J’espère, au travers de ce billet, avoir pu démystifier pour nombre d’entre vous cette pratique de plus en plus courante avec ses avantages ainsi que ses potentiels inconvénients. Maintenant que vous savez tout, dites-nous ce qu’il en est chez vous.

 

Catégories : Alimentation

2 commentaires

simon · 18 septembre 2017 à 9 h 30 min

quel est le budget alimentaire pour un husky et côté vétérinaire, à quoi faut-il s’attendre… merci pour la réponse, les chiens nordiques m’attirent, mais je pense qu’ils ont un caractère dominant, (je suis une bonne poire….), j’hésite toujours.

    Vincent Duvernet · 25 septembre 2017 à 23 h 27 min

    Le budget c’est un vaste domaine. Pour un husky adulte, il faut compter entre 40 et 80 €/ mois pour une nourriture de qualité (croquette sans céréale ou BARF).
    Si vous voulez prendre connaissance avec la race afin de confirmer ou non cette attirance pour cette race magnifique qu’est le husky, vous pouvez contacter en toute confiance l’élevage Of Watson Lake (www.ofwatsonlake.com) en Normandie pour venir visiter l’élevage et poser toutes les questions que vous avez.
    La dominance est aussi un sujet important. Il y a une grosse part d’éducation dans l’expression de la dominance chez le chien.

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