Si Ontario n’avait aimé que les petites bêtes, nous aurions été tranquilles, mais ce ne fût pas le cas. En même temps, quelle idée de détacher son husky en forêt me direz-vous ? Le fait est que j’avais déjà des soucis de cervicales, et que sans doute, les promenades sans laisse me soulageaient et m’évitaient les grandes migraines dues à ce souci. Et puis, avouez que les voir heureux, lâchés, libres, c’est géant ! Ça nous donne le sentiment d’être libres aussi de les regarder caracoler dans les bois, les champs, les allées.

 

Moi, j’aime pas les sangliers !

Le Chêne Fauteuil rond de Condé forêt de Senonches Eure-et-Loir (France).

Non, non, ce n’est pas une blague. Je n’aime pas les sangliers. J’en ai même une peur bleue, comme des vaches et des moutons. En même temps, je suis originaire de la ville. Je suis née dans une petit coin de France, j’ai rejoint Orléans, vécu à Orléans-la-Source, à Vitry-sur-Seine, vacances à la campagne, certes, mais je suis quand même une citadine. Alors, vous pensez bien qu’une ville comme la Ferté-Vidame, entourée de champs et de bois, avec des vaches en plus, c’était un poil flippant. Enfin la forêt surtout, les vaches ne se promenant guère en liberté de nos jours, c’était déjà ça.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos sangliers et Ontario. On le dit, on le répète, sans la meute, peu de chance que votre husky parte à la chasse. Oui, OK, mais à la course, derrière tout et n’importe quoi, pourvu qu’il se dépense, hein !

Ontario devait avoir à peine un an, un an et demi. C’était l’hiver, et la neige avait laissé quelques flocons dans les zones forestières. C’était le moment idéal pour une fraîche promenade, dans la forêt, ou du moins ses allées. À l’époque, les chasseurs nous permettaient encore de profiter des forêts domaniales, même le weekend.

J’aime toujours pas les sangliers

 

Qui dit weekend dit chéri à la maison pour prendre soin des enfants. Ni une, ni deux, laisse pour Ontario, vêtements chauds et bonnet pour moi. Si, si, parfois je mets des trucs sur ma tête. Je prie pour que les bois aient quand même une pellicule de neige suffisante pour ravir Ontario, et nous voilà en route, lui dans le coffre, moi au volant, en direction du rond de Sauveloup.

sanglier-Marisa04-pixabay

La fraîcheur vivifiante n’arrête pas les excursions d’Ontario, il erre en aller-retour imprécis entre le chemin et le bois, rasé de près par une étude savante de la sylviculture, cette parcelle est surtout peuplée de haies et de bosquet. On marche, quoi, dix minutes, et voici que monsieur jappe comme un perdu devant un bosquet.

Je peux toujours l’appeler, vous pensez bien qu’Ontario reste devant son bosquet à aboyer comme un fou. J’aurais dû me méfier. Aboiement grave et non aigu, mais la puce n’avait pas sauté dans mon oreille. Je m’approche, monsieur s’écarte, comme pour dire : « T’approches pas ! » Ben… Heu… OK, mais si l’on est là, bêtement planté devant un bosquet en plein milieu des bois, c’est pas un peu de ta faute Onta ? — surnom d’Ontario, également appelé Lilou d’avril et loup – prudence oblige, je m’éloigne à un angle de 30°… Bon imaginez un triangle avec en son centre un bosquet, ce sera plus simple. Ontario est placé sur l’un des côtés, moi sur l’autre.

Puisque je te dis qu’il n’y a rien

 

Après 5 minutes, je commence à avoir la goutte au nez, à piétiner dans cette fine pellicule de neige et à attendre qu’Ontario daigne faire demi-tour. Peine perdue. De guerre lasse, je fais trois pas de côté, trois malheureux pas… Et là, à la vitesse d’une balle de tennis lancée par moi (c’est-à-dire pas si vite que cela), 2 sangliers bien noirs se ruent à l’extérieur du bosquet. J’ai le palpitant qui flambe, le rythme cardiaque s’accélèrent et les jambes en super coton. Et Ontario se précipite bien évidemment à la poursuite des deux gros poilus à groin.

husky-plageVous vous en doutez, j’ai beau appeler, héler, à part entendre la course dans les bois justes en face, je n’écoute bientôt plus rien. Un grand silence bien pesant, mon cerveau s’emballe plus vite que mes jambes ne reprennent des forces. Je suis toute flageolante au milieu de ce chemin, sans âme qui vit et sans chien. Je prends pour une fois la bonne décision, je respire, afin de récupérer un semblant de neurone sans doute parti faire la course au sanglier avec le chien.

Je statue, après ces 5 minutes, de repartir à la voiture. J’étudie la configuration du bois, et me dis que, sûrement, les sangliers ont continué tout droit. Je devrais donc retrouver tout ce petit monde, ou au moins mon husky, sur la route qui mène en direction de la Loupe.

 

Désespoir total

 

Je remonte jusqu’à la voiture, file droit au rond suivant : pas de chien ni de sangliers, mais ça, ça me gêne moins. Demi-tour, je gare de nouveau le véhicule à Sauve-Loup : et là, toujours pas de chien.

Je redescends, j’appelle, pas de réponse. Ben quoi ? il aboie bien après les sangliers, il pourrait me répondre non ? Résignée, mais toujours sous le choc de la vision d’horreur provoquée par ces grosses bêtes, je reprends le chemin. Jambes flageolantes, encore, c’est pas facile, croyez-moi. C’est pour cette raison aussi que je vous disais que j’avais soulevé des montagnes pour eux… Au bout de 10 minutes à héler un muet, sans rien à l’horizon qui rappelle un husky, je fais demi-tour.

Je commence à paniquer, à imaginer le pire. Oui parce que j’ai une grande imagination pour les trucs tristes, durs, etc., et là, forcément, mon mauvais côté de cerveau s’emballe. Véhicule en vue, toujours pas de chien. J’ai les larmes qui me montent aux yeux. Ça ne fait pas si longtemps qu’Inuit m’a quitté, alors, si, cette fois encore, j’ai perdu Ontario, ça ne va pas le faire dans mon cœur et dans ma petite tête. Je fais le tour de la voiture, pour essayer de trouver une lumineuse idée. Oui, tourner en rond, ça m’aide. Et là, sur la vitre, côté conducteur, je vois…

 

Crédits photos : unsplash-logoJaanus Jagomägi

Forêt de Senonches : Le Passant [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], de Wikimedia Commons

Sanglier : Marisa04 sur Pixabay

Catégories : Mode de vie

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